Une biographie peut être le résultat de recherches scientifiques et historiques sur un personnage donné et par là , être objective. Une auto-biographie est rarement autre chose qu'un panégyrique plus ou moins sincère et romancé qu'un auteur se décerne à lui-même. Je m'en garderai donc. J'ai été déporté à Dachau où j'ai reçu le matricule 75676 et depuis ma libération et mon retour en France en1945, je n'ai eu que rarement l'occasion de parler de ma vie dans le camp avec des membres de ma famille, qui invariablement mettaient fin à mes tentatives de communiquer par des "oui, tu nous l'a déjà dit. Oublie tout ça, c'est du passé, mange maintenant, tu n'as plus faim." Le tout dit sur un ton et un air de compassion que l'on adopte envers un vieillard radotant ou un enfant affabulant une histoirefantasmagorique, s'en faisant le héros. J'ai été arrêté pour faits de résistance à laquelle j'ai participé volontairement, mais je suis conscient de n'avoir été qu'une infime goutte dans l'océan qui, le 8 mai 1945 a submergé l'Allemagne nazie. De toutes les expériences de ma vie déjà longue, la déportation est celle qui m'a le plus marquée, le plus meurtrie, mais aussi le plus liée aux Maurice, Guy, Jean, Louis, Robert, Paul ou Marcel, Certains morts à Dachau, d'autres depuis, d'autres encore toujours en vie et qui tous ont pris le pas sur ma famille, sur mes proches, car ce n'est qu'avec eux que je peux être en symbiose de souvenirs, de douleurs, de regrets mais aussi de réminiscences plus ou moins cocasses, macabres ou franchement morbides, sans m'entendre dire " tu l'as déjà dit, mange ta fricassée de poulet." Et puis, à l'âge de 50 ans, je me suis trouvé une fois encore être le père d'une fille, prénommée Arpaïs, aujourd'hui agée de 31 ans, qui a choisi les arts graphiques comme mode d'expression et qui, pour son oeuvre de fin d'études a décidé de choisir la DEPORTATION comme sujet. Son choix n'est ni fortuit ni innocent car Arpaïs est une des rares personnes à qui j'ai pu parler de mon expérience concentrationnaire, qui a su m'écouter sans me dire de me taire, ce qui m'a permis de me libérer quelque peu. Presque à mon corps défendant, elle m'a extrait de ma coquille, de la carapace où je m'étais enfermé comme une tortue ou un escargot qui se réfugie en lui-même, hors du monde. Elle a su me faire parler, et je m'émerveille qu'elle ait pu dire dans la langue graphique qui est la sienne ce que je suis incapable de dire dans la mienne. Son oeuvre a permis à d'autres de VOIR ce qu'elle a ENTENDU de moi. Pourtant depuis la fin de la guerre, le monde a été amplement informé de ce qui s'était passé dans les camps, par des photos prises par les troupes alliées lors de la libération de ces camps, par des écrits et documents d'époque publiés depuis, à tel point que la vue de montagnes de cadavres squelettiques, de survivants plus près de la mort que de la vie, s'en est trouvée presque banalisée. Les chiffres eux-même de par leur importance, en ont perdu leur valeur et sont devenus abstraits. Dachau n'était pourtant pas un camp d'extermination. Ouvert en 1933 il abritait les opposants au régime nazi, les asociaux déclarés tes par le régime et les condamnés de droit commun à qui les SS ont très tôt confié l'administration interne du camps, tâche que certains ont accomplie avec une férocité et sauvagerie inimaginables que seule la certitude de l'impunité pouvait inciter. D'autres, des politiques pour la plupart, ont fait le peu en leur pouvoir pour alléger le sort de leur co-détenus mettant ainsi leur propre sécurité et vie en danger. En quelque sorte, le reflet des ténèbres et de la lumière de l'humanité. Le quotidien consistait à survivre en tant qu'être humain, en évitant de tomber dans l' état animal où le plus fort a seul le droit d'existence au détriment de l'existence de l'autre. De ne pas perdre la possession de l'indispensable, la gamelle, la cuillère, les sandales de bois et surtout le béret rayé, dont il fallait se découvrir à l'approche d'un SS sous peine de punition corporelle. D'être conscient que le but ultime de notre internement n'était pas tant la mort avec laquelle nous vivions au quotidien, mais la déshumanisation de ce qu'il nous restait de vie, comme punition de nous être opposés au nazisme. Arpaïs a entrepris une tâche qui me paraissait impossible mais qu'elle a accomplie avec succès malgré toutes mes réticences. Je sais maintenant qu'il est possible de dessiner des mots et des pensées, de relier des souvenirs. Peut-être grâce à elle redeviendrai-je un jour "normal" si le temps m'en est laissé. D'ores et déjà, je crois être unique, ayant été libéré des nazis par les Américains et de moi-même par ma fille. 75676 Dachau
Exhibitions:
Galerie van der Mieden, Antwerpen, 2008 (Oct-Dec)
Art Amsterdam 2008
de Winkelhaak, Antwerpen 2007. "heilige huisjes"
Art Brussels, 2007
Galerie van der Mieden, Antwerpen 2007. "papier"
atelier Antwerpen 2006. "après le noir, un tout autre noir"
Espace Commines, Paris (F) 2006. "déjà"
Vernon Gallery, Prague (Cz) 2006. "petites graines de tous les jours"
Curating the library, deSingel Antwerpen 2005
Bourla, Antwerpen 2005. "des illusions virgule"
atelier Antwerpen 2004. "au bout d'une saison"
Espace Gainville, Aulnay-sous-Bois (F) 2004. "HISTOIRE"
Marcounet, Paris 2004. "vers les grands vides de mon trop-plein"
Galerij Jan Colle, Gent 2004. "tekeningen"
Ateliers du Triangle d’Art, Ivry-sur-Seine (F) 2003. "sans titre"
Moments Artistiques, Paris (F) 2003. "les répendus et l'épinglée"
Galerij De Ziener, Asse 2003. "mon rêve avait une jambe de bois"
Galerij Pont en Plas, Gent 2002.
MuHKA, Antwerpen 2001. "BUNDEL LICHAMEN"
Studio: Jacob Jordaensstraat 43 2018 Antwerp Belgium
tel. +32 (0)3 230 88 85 gsm. +32 (0)497 45 18 85 e-mail: arpais@telenet.be ARPAÏS du bois - DES ILLUSIONS VIRGULE by TOOHCSMI - HISTOIRE - MUHKA - printed by IMSCHOOT - drawings - paintings - Antwerp - Belgium - painter - artist - Museum of Contemporary Art - books - exhibitions graphic and webdesign: undercast